Beaucoup de proverbes revtent, en passant d'un pays dans un autre, une physionomie si diffrente que cette variation seule prouverait combien les caractres nationaux demeurent des ralits radicalement distinctes et irrductibles. Le Franais, par exemple, dit d'un homme heureux qu'il est n ÇcoiffÈ; l'Anglais, qu'il est n Çavec une cuiller d'argent dans la boucheÈ. Deux dictons, deux races, deux destines: un peuple lger, fringant, lgant, d'une part, amoureux de la galanterie, passionn de plaire et volontiers frivole;Ñune nation, d'autre part, avide et solide, prise du positif et qui veut du confortable dans du luxe. Voil quelques premiers traits dans un premier proverbe, voici d'autres touches dans un second. De quelqu'un qui ne se livre pas, le Franais dit: ÇIl n'est pire eau que l'eau qui dortÈ; l'Italien: ÇLes eaux paisibles brisent les pontsÈ; l'Anglais: ÇLes eaux tranquilles roulent profondesÈ. Et tous les trois ont raisonÑdans leur pays. Pour le Franais, si instinctivement expansif et sociable, une joie qu'il ne communique point est une moiti de joie, une peine qu'il garde sur son cÏur, une double peine. Il juge ses voisins d'aprs lui, et, devant une rserve prolonge, il se mfie. L'Italien, lui, si naturellement rflchi et calcul, pousse la mfiance plus loin encore. Dans toute retenue il voit une menace, dans tout silence un pige; mais Machiavel est de Florence, du pays o la finesse ne va jamais sans la grandeur, et cet aphorisme d'exprience prudente se dsembourgeoise, si l'on peut dire. Il s'ennoblit d'une belle mtaphore qui vous dessine une arche, roussie par d'innombrables soleils, sur le glauque Arno ou le Tibre jaune. Chez les Anglais, l'esprit raliste s'accompagne de la plus solitaire, de la plus mditative rverie. Regardez la carte de leur le. Vous y verrez que Manchester est voisin des lacs et du comt de Wordsworth. Tout l'heure ces ternels gaigneurs avaient un adage de gloutonnerie rapace. Ils en ont un maintenant d'une grce sauvage, qui ne dparerait pas les discours du Jacques de Comme il vous plaira, et l'Anglo-Saxon n'apparat-il pas ainsi, dans toute son histoire et toute sa littrature: durement brutal quand il est brutal, trangement songeur quand il est songeur? Ces deux petites phrases racontent cela dans le raccourci de leurs formules.
Beaucoup de proverbes revtent, en passant d'un pays dans un autre, une physionomie si diffrente que cette variation seule prouverait combien les caractres nationaux demeurent des ralits radicalement distinctes et irrductibles. Le Franais, par exemple, dit d'un homme heureux qu'il est n Çc...