Ç Ë neuf heures et demie!... È rpondit une voix de l'intrieur de la voiture. Ç Quel quartier! Ce n'est pas la peine de descendre; le trottoir est sec, j'irai pied... È Et la portire s'ouvrit pour donner passage un homme encore jeune, qui releva frileusement le collet de loutre de son pardessus, et avana sur le pav des souliers dcouverts. Ces souliers vernis, les chaussettes de soie fleurs, le pantalon noir et le chapeau d'toffe tmoignaient que, sous la fourrure, ce personnage cachait une complte tenue de soire. La voiture tait un de ces fiacres sans numro qui stationnent la porte des cercles, et, tout en assurant son cheval, le cocher, peu habitu ce coin provincial de Paris, se prit regarder, comme faisait son client lui-mme, cette entre d'une rue, vraiment excentrique, bien qu'elle ft situe sur le bord du faubourg Saint-Germain. Mais cette poque,Ñen 1879 et vers le commencement de fvrier,Ñcette rue Cotlogon, qui joint la rue d'Assas la rue de Rennes, prsentait encore la double particularit d'tre close par une grille, et, la nuit, claire par une lanterne suspendue, suivant l'ancienne mode, une corde transversale. Aujourd'hui la physionomie de l'endroit a bien chang. Il a disparu, le mystrieux htel, droite, plac de guingois au milieu de son jardin, et qui abritait sans doute une calme existence de douairire. Les terrains vagues qui rendaient cette rue Cotlogon inabordable aux voitures du ct de la rue de Rennes, comme la grille l'isolait du ct de la rue d'Assas, ont t nettoys de leurs amas de pierres. Les becs de gaz ont remplac la lanterne. Ë peine si deux pavs un peu ingaux marquent la place des barreaux sur lesquels jouaient les portes mobiles de la grille, que l'on poussait seulement chaque soir au lieu de les verrouiller. Le jeune homme n'eut donc pas sonner pour se faire ouvrir, mais, avant de s'engager dans la mince ruelle, il s'arrta quelques minutes devant le paysage que formaient cette impasse sombre, le jardin de droite, la ligne des maisons dj presque toutes teintes gauche, au fond les masses confuses des btisses en construction, la lanterne ancienne au centre. L-haut, une froide lune d'hiver brillait dans un ciel tragique, un ciel vaste, pommel de nuages mobiles et qui couraient vite. Ils passaient, passaient devant cette lune claire, et voilaient chaque fois lgrement son clat de mtal, comme rendu plus vif lorsque ces vapeurs mobiles se creusaient soudain en une portion d'espace toute libre et toute noire.
Ç Ë neuf heures et demie!... È rpondit une voix de l'intrieur de la voiture. Ç Quel quartier! Ce n'est pas la peine de descendre; le trottoir est sec, j'irai pied... È Et la portire s'ouvrit pour donner passage un homme encore jeune, qui releva frileusement le collet de loutre de son parde...