Andr_ Corn_lis

· Library of Alexandria
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306
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Quand j'Žtais enfant, je me confessais. Combien j'ai souhaitŽ de fois tre encore celui qui entrait dans la chapelle vers les cinq heures du soir, cette vide et froide chapelle du collge avec ses murs crŽpis ˆ la chaux, avec ses bancs numŽrotŽs, son maigre harmonium, sa criarde Sainte Famille, sa vožte peinte en bleu et semŽe d'Žtoiles. Un ma”tre nous amenait, dix par dix. Quand arrivait mon tour de m'agenouiller dans l'une des deux cases rŽservŽes aux pŽnitents sur chaque c™tŽ de l'Žtroite guŽrite en bois, mon cÏur battait ˆ se rompre. J'entendais, sans bien distinguer les paroles, la voix de l'aum™nier en train de questionner le camarade ˆ la confession duquel succderait la mienne. Ce chuchotement me poignait, comme aussi le demi-jour et le silence de la chapelle. Ces sensations, jointes ˆ la honte de mes pŽchŽs ˆ dire, me rendaient presque insupportable le bruit de la planchette que tirait le prtre. Ë travers la grille, je voyais son regard aigu, son profil si arrtŽ, quoique le visage fžt gras et congestionnŽ. Quelle minute d'angoisse ˆ en mourir, mais aussi quelle douceur ensuite! Quelle impression de suprme libertŽ, d'intime allŽgeance, de faute effacŽe, et comme d'une belle page blanche offerte ˆ ma ferveur pour la bien remplir! Je suis trop Žtranger aujourd'hui ˆ cette foi religieuse de mes premires annŽes pour m'imaginer qu'il y ežt lˆ un phŽnomne d'ordre surnaturel. O gisait donc le principe de dŽlivrance qui me rajeunissait toute l'‰me? Uniquement dans le fait d'avoir dit mes fautes, jetŽ au dehors ce poids de la conscience qui nous Žtouffe. C'Žtait le coup de bistouri qui vide l'abcs. HŽlas! Je n'ai pas de confessionnal o m'agenouiller, plus de prire ˆ murmurer, plus de Dieu en qui espŽrer! Il faut que je me dŽbarrasse pourtant de ces intolŽrables souvenirs. La tragŽdie intime que j'ai subie pse trop lourdement sur ma mŽmoire. Et pas un ami ˆ qui parler, pas un Žcho o jeter ma plainte. Certaines phrases ne peuvent pas tre prononcŽes, puisqu'elles ne doivent pas avoir ŽtŽ entendues... C'est alors que j'ai conu l'idŽe, afin de tromper ma douleur, de me confesser ici, pour moi seul, sur un cahier de papier blanc,Ñcomme je ferais au prtre. Je jetterai lˆ tout le dŽtail de cette affreuse histoire, morceau par morceau, comme le souvenir viendra. Une fois cette confession finie, je verrai bien si l'angoisse est finie aussi. Ah! diminuŽe seulement!... Qu'elle soit moindre! Que je puisse aller et venir, avoir ma part de la jeunesse et de la vie! J'ai tant souffert et depuis si longtemps, et je l'aime, cette vie, malgrŽ ces souffrances. Un verre de cette noire drogue, de ce laudanum que j'ai dans un flacon, pour les nuits o je ne dors pas, et cette lente torture de mes remords cesserait du coup. Mais je ne peux pas, je ne veux pas. L'instinct animal de durer s'agite en moi, plus fort que toutes les raisons morales d'en finir. Vis donc, malheureux, puisque la nature te fait trembler ˆ l'image de la mort. La nature?... Et c'est aussi que je ne veux pas aller encore lˆ-bas, dans cet obscur monde o l'on se retrouve peut-tre. Non, pas cette Žpouvante-lˆ. Je me suis promis de me possŽder, et dŽjˆ je me perds. Reprenons. Voici donc mon projet: fixer sur ces feuilles cette image de ma destinŽe que je ne regarde qu'avec tant de trouble dans le miroir incertain de ma pensŽe. Je bržlerai ces feuilles quand elles seront couvertes de ma mauvaise Žcriture. Mais cela aura pris corps et se tiendra devant moi, comme un tre. J'aurai mis de la lumire dans ce chaos d'atroces souvenirs qui m'affole. Je saurai o j'en suis de mes forces. Ici, dans cet appartement o j'ai pris la rŽsolution suprme, il m'est trop aisŽ de me souvenir. Allons! Au fait! Je me donne ma parole de tout Žcrire.ÑPauvre cÏur, laisse-moi compter tes plaies.
Quand j'Žtais enfant, je me confessais. Combien j'ai souhaitŽ de fois tre encore celui qui entrait dans la chapelle vers les cinq heures du soir, cette vide et froide chapelle du collge avec ses murs crŽpis ˆ la chaux, avec ses bancs numŽrotŽs, son maigre harmonium, sa criarde Sainte Famille, s...

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