Jusqu'ici, les patients coups de pioche donns dans les terres antiques avaient eu pour objet et pour rsultat de confirmer nos connaissances livresques sur les personnages dont l'histoire nous parle, ou sur leurs contemporains. On avait exhum le palais des Csars, celui des Xerxs, celui des prtres d'Ammon et, si les travaux accomplis avaient t fconds en trouvailles, du moins ils ne transportaient pas les esprits on dehors ni au del de l'histoire authentique. Ils creusaient dans le rel et cherchaient dans le connu.
Maintenant, on entre dans la fable.
Sur tous les points la fois, en Troade, en Crte, en gypte, en Argolide, Rome mme, les tres et les pierres lgendaires apparaissent ceux qui niaient leur existence et reviennent la lumire dans leurs tombeaux vritables, dans leurs murs encore debout. Pendant vingt-cinq ans, l'Iliade fut seule nous livrer ses personnages et ses dcors: on retrouva le palais de Priam et celui d'Agamemnon. Mais depuis quelques annes les civilisations fabuleuses sortent du sol toutes ensemble comme si l'heure de la rsurrection venait de sonner sur leurs mystres.
La premire dynastie de l'gypte tait regarde comme apocryphe et comme n'ayant jamais vcu que dans l'imagination des prtres: on a dterr aujourd'hui presque tous ses rois dans leurs cercueils individuels marqus de leurs noms exacts.
Bien plus: on retrouve des rois antrieurs, dont les gyptiens eux-mmes avaient perdu la mmoire. Nous sommes mieux renseigns sur leurs origines qu'ils ne le furent jamais, et nous savons aujourd'hui que, loin de placer des souverains fictifs au dbut je leurs annales, comme on les en accusait, ils mconnaissaient, au contraire, l'extrme antiquit de leurs monarchies.