Les rues troites et toujours encombres par la foule resplendissaient d'toffes barioles, tuniques de pourpre et d'hyacinthe, cyclas de soies transparentes, bassaras tranantes dans la poussire des chaussures jaunes. Les femmes portaient aux oreilles de grands anneaux d'or enfils de perles brutes, et aux bras des bracelets d'argent massif grossirement cisels en relief. Les hommes eux-mmes avaient la chevelure brillante et parfume d'huiles rares. Les chevilles des Grecques taient nues dans le cliquetis des periscelis, larges serpents de mtal clair qui tintaient sur les talons; celles des Asiatiques se mouvaient en des bottines molles et peintes. Par groupes, les passants stationnaient devant des boutiques tout en faade et o l'on ne vendait que l'talage: tapis de couleurs sombres, housses broches de fils d'or, bijoux d'ambre et d'ivoire, selon les quartiers. L'animation de Mytilne ne cessait pas avec le jour; il n'y avait pas d'heure si tardive, o l'on n'entendt, par les portes ouvertes, des sons joyeux d'instruments, des cris de femmes, et le bruit des danses. Pittakos mme, qui voulait donner un peu d'ordre cette perptuelle dbauche, fit une loi qui dfendait aux joueuses de fltes trop fatigues de s'employer dans les festins nocturnes; mais cette loi ne fut jamais svre.
Dans une socit o les maris sont la nuit si occups par le vin et les danseuses, les femmes devaient fatalement se rapprocher et trouver entre elles la consolation de leur solitude. De l vint qu'elles s'attendrirent ces amours dlicates, auxquelles l'antiquit donnait dj leur nom, et qui entretiennent, quoi qu'en pensent les hommes, plus de passion vraie que de vicieuse recherche.