LÕimportant est dÕavoir toujours une cigarette la main ; il faut envelopper les objets dÕune nue cleste et fine qui baigne les lumires et les ombres, efface les angles matriels, et, par un sortilge parfum, impose lÕesprit qui sÕagite un quilibre variable dÕo il puisse tomber dans le songe. Ce soir-l, jÕavais lÕintention dÕcrire et le dsir de ne rien faire ; en dÕautres termes, cÕtait une soire qui ressemblait toutes les autres et allait fatalement se terminer devant une feuille de papier vierge et un cendrier plein de cadavres, quand je fus tout coup tir de mes penses par un coup de sonnette inattendu. Je levai la tte. Je me persuadai que, le vendredi 9 juin, je nÕattendais personne cette heure de nuit ; mais, comme un second coup de sonnette suivit de trs prs le premier, jÕallai la porte et je tirai la serrure. La porte ouverte, je vis une femme. Elle se tenait enveloppe dans un manteau flottant qui tait de drap beige comme un vtement de voyage, mais broch dÕentrelacs comme une sortie de bal. Cela se serrait autour du cou par une chenille ronde et touffue dÕo la tte mergeait peine, toute brune sous les cheveux teints en blond.