Le Cªt_ de Guermantes (Complete)

· Library of Alexandria
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Le pŽpiement matinal des oiseaux semblait insipide ˆ Franoise. Chaque parole des ÇbonnesÈ la faisait sursauter; incommodŽe par tous leurs pas, elle s'interrogeait sur eux; c'est que nous avions dŽmŽnagŽ. Certes les domestiques ne remuaient pas moins, dans le ÇsiximeÈ de notre ancienne demeure; mais elle les connaissait; elle avait fait de leurs allŽes et venues des choses amicales. Maintenant elle portait au silence mme une attention douloureuse. Et comme notre nouveau quartier paraissait aussi calme que le boulevard sur lequel nous avions donnŽ jusque-lˆ Žtait bruyant, la chanson (distincte de loin, quand elle est faible, comme un motif d'orchestre) d'un homme qui passait, faisait venir des larmes aux yeux de Franoise en exil. Aussi, si je m'Žtais moquŽ d'elle qui, navrŽe d'avoir eu ˆ quitter un immeuble o l'on Žtait Çsi bien estimŽ, de partoutÈ et o elle avait fait ses malles en pleurant, selon les rites de Combray, et en dŽclarant supŽrieure ˆ toutes les maisons possibles celle qui avait ŽtŽ la n™tre, en revanche, moi qui assimilais aussi difficilement les nouvelles choses que j'abandonnais aisŽment les anciennes, je me rapprochai de notre vieille servante quand je vis que l'installation dans une maison o elle n'avait pas reu du concierge qui ne nous connaissait pas encore les marques de considŽration nŽcessaires ˆ sa bonne nutrition morale, l'avait plongŽe dans un Žtat voisin du dŽpŽrissement. Elle seule pouvait me comprendre; ce n'Žtait certes pas son jeune valet de pied qui l'ežt fait; pour lui qui Žtait aussi peu de Combray que possible, emmŽnager, habiter un autre quartier, c'Žtait comme prendre des vacances o la nouveautŽ des choses donnait le mme repos que si l'on ežt voyagŽ; il se croyait ˆ la campagne; et un rhume de cerveau lui apporta, comme un Çcoup d'airÈ pris dans un wagon o la glace ferme mal, l'impression dŽlicieuse qu'il avait vu du pays; ˆ chaque Žternuement, il se rŽjouissait d'avoir trouvŽ une si chic place, ayant toujours dŽsirŽ des ma”tres qui voyageraient beaucoup. Aussi, sans songer ˆ lui, j'allai droit ˆ Franoise; comme j'avais ri de ses larmes ˆ un dŽpart qui m'avait laissŽ indiffŽrent, elle se montra glaciale ˆ l'Žgard de ma tristesse, parce qu'elle la partageait. Avec la ÇsensibilitŽÈ prŽtendue des nerveux grandit leur Žgo•sme; ils ne peuvent supporter de la part des autres l'exhibition des malaises auxquels ils prtent chez eux-mmes de plus en plus d'attention. Franoise, qui ne laissait pas passer le plus lŽger de ceux qu'elle Žprouvait, si je souffrais dŽtournait la tte pour que je n'eusse pas le plaisir de voir ma souffrance plainte, mme remarquŽe. Elle fit de mme ds que je voulus lui parler de notre nouvelle maison. Du reste, ayant dž au bout de deux jours aller chercher des vtements oubliŽs dans celle que nous venions de quitter, tandis que j'avais encore, ˆ la suite de l'emmŽnagement, de la ÇtempŽratureÈ et que, pareil ˆ un boa qui vient d'avaler un boeuf, je me sentais pŽniblement bossuŽ par un long bahut que ma vue avait ˆ ÇdigŽrerÈ, Franoise, avec l'infidŽlitŽ des femmes, revint en disant qu'elle avait cru Žtouffer sur notre ancien boulevard, que pour s'y rendre elle s'Žtait trouvŽe toute ÇdŽroutŽeÈ, que jamais elle n'avait vu des escaliers si mal commodes, qu'elle ne retournerait pas habiter lˆ-bas Çpour un empireÈ et lui donn‰t-on des millionsÑhypothse gratuiteÑque tout (c'est-ˆ-dire ce qui concernait la cuisine et les couloirs) Žtait beaucoup mieux ÇagencŽÈ dans notre nouvelle maison. Or, il est temps de dire que celle-ciÑet nous Žtions venus y habiter parce que ma grand'mre ne se portant pas trs bien, raison que nous nous Žtions gardŽs de lui donner, avait besoin d'un air plus purюtait un appartement qui dŽpendait de l'h™tel de Guermantes.
Le pŽpiement matinal des oiseaux semblait insipide ˆ Franoise. Chaque parole des ÇbonnesÈ la faisait sursauter; incommodŽe par tous leurs pas, elle s'interrogeait sur eux; c'est que nous avions dŽmŽnagŽ. Certes les domestiques ne remuaient pas moins, dans le ÇsiximeÈ de notre ancienne demeure; ...

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