Un homme marchait vers les casemates anti-radioactives, en provenance de la « Zone Rouge ».
C'était comme voir la terre s'ouvrir, surgir d'une colonne de feu, l'air s'imprégnant d'une odeur de soufre, et voir apparaître un démon avec une queue, des cornes, des pattes de chèvre et un trident. Peut-être était-ce encore plus incroyable, car dans la « Zone Rouge » d'Ouallene, une étendue de plus de cinq cents kilomètres de désert hautement radioactif, même pas une larve ne pouvait survivre.
Pedro Guirao Hernández (1929-1993) fut une figure centrale, bien que souvent cachée derrière de multiples pseudonymes, de la culture populaire espagnole du XXe siècle, se distinguant dans la bande dessinée et, surtout, dans les « bolsilibros » ou « romans de poche bon marché ». Né à Cehegín, Murcie.
À partir de 1960, Guirao collabora avec des maisons d'édition clés comme Bruguera (scénarios pour "HISTORIAS") et Ferma (massivement dans des collections de westerns comme "GRAN OESTE / MONTANA OESTE"). C'était un "véritable touche-à-tout", maîtrisant de multiples genres populaires : western, guerre, espionnage, policier, science-fiction et aventure. Cette polyvalence était essentielle pour satisfaire la demande constante des éditeurs et assurer son flux de travail sur le marché espagnol concurrentiel.
La science-fiction fut l'un de ses domaines les plus remarquables. Des œuvres précoces comme "Dos cerebros iguales" (Deux cerveaux égaux, 1959, sous le nom de Walt G. Dovan) et "Cuatro a Mercurio" (Quatre vers Mercure, 1960, sous le nom de Peter Kapra) l'établirent dans le genre. Il joua un rôle crucial dans des collections comme "Naviatom" de Manhattan et devint un nom clé de la science-fiction populaire espagnole.
L'usage extensif de pseudonymes fut une caractéristique déterminante de Pedro Guirao. Cette pratique répondait aux conventions du genre (signatures anglo-saxonnes), aux exigences éditoriales, à la nécessité de gérer une production massive sans saturer le marché, et peut-être au faible statut de la littérature populaire. Parmi ses pseudonymes les plus importants et récurrents figurent Peter Kapra (très utilisé en science-fiction et espionnage), Walt G. Dovan (également important en science-fiction) et Phil Weaber (utilisé pour l'aventure et d'autres genres). Ces noms lui permirent de naviguer dans l'industrie et de maintenir une production énorme, bien qu'ils aient contribué à son anonymat relatif.
À partir du milieu des années 70, il se tourna de plus en plus vers la non-fiction, publiant des essais sur l'ésotérisme, l'histoire et la vulgarisation sous son vrai nom. Il fut directeur de la revue "Spirit" et publia des ouvrages tels que "La Protohistoria" (La Protohistoire, 1978), "Pitágoras" (Pythagore, 1981), "Ecos del más allá" (Échos de l'au-delà) et "El enigma del origen del hombre" (L'énigme de l'origine de l'homme, 1989). Ce changement pourrait être dû à des intérêts personnels ou à des évolutions du marché. En 1982, il fonda sa propre maison d'édition, Ediciones Helios, recherchant l'indépendance éditoriale. Son adaptabilité se refléta même dans la publication d'un "Diccionario General de Informática" (Dictionnaire Général d'Informatique) en 1985.
Pedro Guirao Hernández fut l'un des auteurs les plus productifs et polyvalents de la littérature populaire espagnole du XXe siècle. Sa contribution, notamment dans la science-fiction de poche sous des pseudonymes comme Peter Kapra et Walt G. Dovan, fut massive. Cependant, son héritage, comme celui de nombreux créateurs de culture de masse, reste quelque peu sous-évalué et moins reconnu que celui des auteurs canoniques, malgré son énorme production. Il est décédé à Barcelone en 1993, coïncidant symboliquement avec le déclin du format "bolsilibro" auquel il a tant apporté. Sa vaste œuvre est une fenêtre essentielle pour comprendre l'industrie culturelle populaire espagnole de son temps.