Ils vont et viennent, ces soleils historiques; le vrai soleil du bon Dieu n'en peut mais et se venge en aveuglant les astronomes qui lui cherchent des taches.
C'est le quartier des marchands de bois en gros. A cette poque o la garde civique tait la mode, tous les chantiers portaient pour enseigne un franais coiff du bonnet poil. Il y avait dans les avenues, et tout le long du boulevard des Invalides, le chantier du Garde national, le chantier de l'ancien Garde national, le chantier du nouveau Garde national, le chantier du vrai Garde national, et d'autres. La concurrence parisienne, bien honnte mais adroite, sait ainsi varier ses moyens.
A part les chantiers, quelques usines, deux fabriques de chandelles, des fermes de marachers plus sauvages que les mtairies de la Sologne, mais moins pittoresques,Ñdes couvents, le puits de Grenelle et beaucoup de maisons d'ducation. Ce qui distingue cette portion lointaine du Gros-Caillou, ce sont des multitudes de pensions pour MM. les officiers et des cabarets d'une tristesse profonde o la bire ne mousse que sur l'enseigne. On y boit de l'eau-de-vie 12 degrs; on y boit surtout des demi-tasses de ce liquide dsobligeant la vue, blessant pour l'odorat, qui contient toute sorte d'ingrdients, sauf le caf dont il porte le nom. Ces cabarets ont une physionomie toute particulire. Ce sont des masures presque neuves, mais caduques et rachitiques comme les enfants des vieux. La recette s'y fait le lundi avec des gens venus on ne sait d'o: le reste de la semaine, ils chment. Plusieurs ont une mauvaise rputation.