Il faisait une nuit profonde. La lune aux deux tiers de sa course montrait, ö travers les hautes branches des arbres, sa face blafarde, dont ne s'_chappaient qu'avec peine de minces rayons d'une lumiðre tremblotante qui ne laissait distinguer que vaguement les accidents d'un paysage abrupte et s_vðre. Il n'y avait pas un souffle dans l'air, pas une _toile au ciel. Un silence de mort planait sur le d_sert. Silence interrompu seulement ö de longs intervalles par les glapissements saccad_s des coyotes en quðte d'une proie, ou les miaulements ironiques de la panthðre et du jaguar ö l'abreuvoir.
Pendant les t_nðbres, les grandes savanes am_ricaines, oð nul bruit humain ne trouble la majest_ de la nuit, prennent, sous l'ìil de Dieu, une imposante splendeur qui remue ö son insu le cìur de l'homme le plus fort et le p_nðtre malgr_ lui d'un religieux respect.
Tout ö coup les branches serr_es d'un buisson de floripondios s'_cartðrent avec pr_caution, et dans l'espace laiss_ vide apparut la tðte anxieuse d'un homme dont les yeux brillants comme ceux d'une bðte fauve lanðaient dans toutes les directions des regards inquiets. Aprðs quelques secondes d'une immobilit_ complðte, l'homme dont nous parlons quitta le buisson au milieu duquel il _tait cach_ et s'_lanða d'un bond au dehors.
Bien que son teint häl_ eut atteint presque la couleur de la brique, cependant ö son costume de chasse et surtout la nuance blonde de ses longs cheveux et ö ses traits hardis, francs et accentu_s, il _tait facile de reconnaÓtre en cet homme un de ces audacieux coureurs des bois canadiens dont la forte race s'_teint tous les jours et tend ö disparaÓtre avant peu.