Cette interrogation avait été exprimée à peu près dans les mêmes termes un peu moins de deux siècles auparavant lorsque, devant les altérations dues au temps, les dégradations, mutilations et autres reconstructions plus ou moins heureuses qui menaçaient la cathédrale, le gouvernement d'alors décida de lancer un concours pour sa restauration. C'est le projet présenté par les deux architectes Eugène Viollet-le-Duc et Jean-Baptiste Antoine Lassus qui fut finalement choisi en 1844.
Dans un rapport adressé au ministre en charge du dossier, les deux architectes exposent leur conception de la restauration des bâtiments anciens : ne pas se contenter de colmater les usures et les brèches, mais s'efforcer de retrouver les formes disparues afin de redonner à l'édifice son rayonnement passé, sans transformer en quoi que ce soit son architecture. Ils expliquent ensuite les travaux à entreprendre à Notre-Dame, leur importance et leurs difficultés, avec qui et avec quels moyens. Ce document, particulièrement intéressant, nous fait pénétrer dans les coulisses de l'un des édifices les plus visités de Paris - en dévoilant au passage quelques secrets. Il fournit surtout au lecteur d'aujourd'hui des éléments pour mieux comprendre et juger les projets de restauration de Notre-Dame à venir.
Eugène Viollet-le-Duc (1814-1879) fut l'un des plus importants architectes français du 19e siècle. Spécialiste du Moyen-âge, il travailla notamment à la restauration du mont Saint-Michel, de la basilique de Vézelay, de la cité de Carcassonne et de Notre-Dame de Paris.
Jean-Baptiste Antoine Lassus (1807-1857), architecte, spécialiste de l'architecture du Moyen-âge, collabora notamment à la restauration de la Sainte Chapelle et de l'église Saint-Séverin à Paris, ainsi qu'à celle de Notre-Dame de Paris avec Eugène Viollet-le-Duc.