Franoise a suspendu au cou de la furibonde, et si lamentablement comique, Marie-Antoinette Corbier, le collier de ses beaux bras frais. Son fin visage, aux cheveux de mousse cuivre, sÕest appuy sur les bonnes grosses joues empourpres, soudain ruisselantes de larmes, de la vieille demoiselle qui, mi-fche, mi-souriante, cherchait se dgager de cette douce treinte, opposant, pour la forme, un semblant de rsistance quÕelle aurait voulu plus stoque.
Sur un oreiller o, faisant mine de se lever, la toque Jean-Jacques venait dÕtre gaiement bouscule par sa nice, les deux femmes maintenant sÕembrassaient.
Une affection profonde les unissait tendrement lÕune lÕautre. DÕindissolubles liens attachaient ces deux cÏurs, liens faits de gratitude et dÕadmiration rciproques. Depuis sa triste naissance dÕorpheline, Franoise nÕavait-elle pas toujours t lÕenfant gte, lÕunique amour, la seule et vritable adoration de Marie-Antoinette Corbier_?
Quand ce bb tait tomb dans sa vie, comme un arolithe dans les plates-bandes dÕun jardin de cur, bouleversant une existence ouate, douillette et confortable, de clibataire irrductible, quadragnaire et bien rente, Marie-Antoinette avait trouv toute naturelle la tche qui lui incombait, mettant la remplir autant dÕardeur que de joyeuse hte.
Enfin_! Enfin, elle allait donc avoir quelquÕun aimer_!É QuelquÕun dont elle nÕaurait craindre nulle peine et nulle trahison, quelquÕun sur lÕme de qui elle comptait pouvoir rgner, sa faon, en souveraine matresse_!
Cette moustachue, dont la poitrine opulente et lÕacadmie de lutteuse eussent fait bonne figure chez Marseille, affichait des allures de despote. Ah_! si elle avait eu un mari_!É En voil un quÕelle et, prtendait-elle, men non pas la baguette, mais la cravache_! Il et fait beau voir quÕil la trompt_!É Elle dclarait, avec un srieux impayable, que si, jadis, on avait invent une ceinture de chastet pour martyriser les femmes, il fallait que celles-ci eussent eu lÕimagination bien pauvre pour nÕavoir point trouv de rplique.